Le prix minimum Fairtrade offre un nouveau filet de sécurité aux producteurs de cacao ivoiriens face aux difficultés rencontrées lors de la récolte de cette saison
Un nouveau différentiel de prix minimum Fairtrade a été fixé pour la campagne de récolte principale du cacao en Côte d'Ivoire, sur la base de la dernière annonce de prix du gouvernement.
« En tant que producteur et père de famille, je dois entretenir mon exploitation, payer les ouvriers, acheter les intrants agricoles et subvenir aux besoins de ma famille. Lorsque les revenus ne suffisent pas à couvrir les dépenses, chaque décision devient un choix difficile. »
Sanogo Nabaga, un producteur de cacao du centre de la Côte d’Ivoire, exprime la difficulté que rencontrent aujourd'hui de nombreux producteurs et productrices, qui doivent actuellement faire face à des coûts élevés et à de faibles revenus.
Pour les producteurs et productrices comme Sanogo, qui font partie d’une coopérative certifiée Fairtrade, il y a malgré tout une bonne nouvelle.
Avec le début d'une nouvelle campagne de récolte en Afrique de l'Ouest, les nouveaux prix minimum et primes Fairtrade entrent en vigueur. Ils constituent un filet de sécurité et apportent des ressources supplémentaires pour renforcer les revenus.
En Côte d’Ivoire, le nouveau prix minimum Fairtrade est supérieur au prix à l’exportation récemment annoncé par le gouvernement. Dans ce genre de situation, le mouvement Fairtrade calcule la différence entre les deux prix, appelée « différentiel du prix minimum Fairtrade ». Ce différentiel doit être versé en plus du prix fixé par le gouvernement.
Pour la nouvelle campagne, qui court de septembre 2026 à février 2027, le différentiel s'élève à 349,39 € par tonne métrique. Il s'ajoute au prix fixé par le gouvernement, soit 2 850,61 € au niveau FOB. Les cahiers des charges Fairtrade imposent aux coopératives de reverser 100 % du différentiel en espèces à leurs producteurs et productrices membres.
De plus, les ventes aux conditions Fairtrade incluent le versement de la prime de développement Fairtrade, qui s’élève désormais à 250 € par tonne en Côte d’Ivoire. De nouvelles règles imposent également aux coopératives de verser 40 % des fonds de la prime de développement directement aux producteurs afin de soutenir l’amélioration de leurs revenus. Au moins 10 % supplémentaires doivent être consacrés à chacun des postes suivants : le fonctionnement de la coopérative, les services aux exploitations et les projets communautaires, selon les choix démocratiques de la coopérative.
La volatilité des prix et les faibles rendements fragilisent la résilience des producteurs
Le filet de sécurité que représente le prix minimum Fairtrade joue un rôle important pour amortir la volatilité des prix et apporter une certaine stabilité de revenus, dont les producteurs et productrices de cacao ont eu besoin ces dernières années.
Les cours mondiaux du cacao ont fortement augmenté en 2024 et ont atteint 12 000 dollars US la tonne il y a seulement 20 mois. Ils sont tombés sous les 3 000 dollars la tonne en février dernier, avant de remonter à environ 6 000 dollars en septembre. (Fairtrade fixe les prix du cacao ivoirien en euros afin de limiter l'effet des fluctuations de change entre le dollar américain et la monnaie locale.).
Cette volatilité représente un défi considérable pour le secteur du cacao, en particulier pour les producteurs qui disposent généralement de peu de marge financière.
Si des cours mondiaux élevés peuvent sembler avantageux pour les producteurs et productrices, ils s’expliquent en réalité par les mauvaises récoltes en Afrique de l’Ouest, qui produit les deux tiers du cacao mondial, attribuées aux effets du changement climatique. Cela signifie que les gains tirés de la hausse des prix ont été limités par de faibles rendements et des coûts de production plus élevés. Pour la prochaine campagne, El Niño pourrait entraîner de nouvelles difficultés de production dans de nombreux pays producteurs de cacao, avec des répercussions sur les prix mondiaux.
Sans moyens d'investir dans la rénovation et la diversification des exploitations, par exemple remplacer les cacaoyers vieillissants ou développer d'autres activités agricoles ou non agricoles, les producteurs et productrices peinent à construire des moyens de subsistance résilients, capables de traverser les mauvaises campagnes.
L'importance du prix pour des exploitations et des moyens de subsistance plus durables
Une étude Fairtrade publiée l'an dernier a révélé que la hausse des prix du cacao avait des effets positifs directs sur les revenus des producteurs. C'est pourquoi le prix minimum Fairtrade est si important, notamment en période de forte volatilité : il agit comme un filet de sécurité lorsque les prix chutent, tandis que les producteurs et productrices bénéficient des prix du marché lorsque ceux-ci sont plus élevés.
Le prix minimum Fairtrade aide à gérer les rendements, garantit l’accès aux primes et apporte un soutien pour les petites dépenses. Dans cette étude, les producteurs ont également indiqué que la prime de développement – le montant perçu en plus du prix de vente pour chaque vente Fairtrade – « a contribué de manière significative à la stabilité des revenus en soutenant l’amélioration des infrastructures au niveau communautaire et en améliorant l’accès des ménages à une meilleure éducation, à un meilleur logement et à de meilleurs soins de santé ». La prime de développement Fairtrade peut également servir à financer les investissements des coopératives visant à répondre aux exigences réglementaires du marché, telles que la collecte de données de géolocalisation qui fait partie du futur règlement de l’UE sur la déforestation.
Grâce aux services et aux formations proposés dans le cadre du Programme Cacao Fairtrade en Afrique de l'Ouest (West African Cocoa Programme), les coopératives peuvent également former leurs membres aux bonnes pratiques agricoles et subventionner des services et du matériel, comme la taille des arbres ou les engrais. Un participant à l’étude a établi un lien entre la tendance positive des revenus constatée dans l’étude et les connaissances et les actions des producteurs : « Cette prise de conscience les a aidés à comprendre l’importance d’investir dans leurs exploitations et de suivre de bonnes pratiques agricoles afin d’assurer une meilleure productivité et une rentabilité future. »
Perspectives d’avenir : soutenir les producteurs du mouvement Fairtrade
Aujourd’hui, les producteurs d’Afrique de l’Ouest sont à nouveau confrontés à l’incertitude et au risque d’une nouvelle baisse des rendements dans les mois à venir, qui correspondent à leur principale campagne de récolte de l’année.
Le soutien du mouvement Fairtrade qui comprend le différentiel de prix, la prime de développement Fairtrade, les prix de référence pour un revenu vital et l’appui technique, fait la différence pour les producteurs et les productrices qui envisagent l’avenir de leurs exploitations et de leurs familles. Un revenu vital et la capacité d'investir dans des pratiques agricoles durables et résilientes face au changement climatique constituent les fondements auxquels chaque producteur a droit.
Comme le dit la productrice Konaté Fatou : « Nous espérons que l’évolution des revenus des producteurs pourra continuer à mieux correspondre à la réalité des coûts de production et de la vie quotidienne. »
Pour plus de détails, consultez le communiqué officiel (en anglais).