De travailleuse occasionnelle à responsable : 25 ans de parcours de Jacqueline Chepsergon au sein de la filière fleur au Kenya
Aujourd’hui, 15 octobre 2026, c’est la Journée internationale des femmes rurales, l’occasion de mettre en lumière le rôle essentiel et la contribution des femmes dans l’agriculture à travers le parcours de Jacqueline Chepsergon, responsable de l’exploitation florale Maji Mazuri Flowers certifiée Fairtrade au Kenya.
Le parcours de Jacqueline, plus de vingt ans de carrière dans l’industrie des fleurs au Kenya, montre ce qui se passe lorsque les organisations donnent aux femmes la possibilité de progresser et de réussir.
D’après les derniers chiffres, plus de 40 000 femmes travaillent dans des exploitations horticoles certifiées Fairtrade. Dans cet entretien, Jacqueline revient sur son parcours, sur ce qui a changé pour les femmes dans la filière et sur le rôle joué par Fairtrade.
Comment avez-vous débuté dans l’industrie des fleurs ?
J’ai commencé à travailler chez Equator Flowers Sian en 1999, comme employée saisonnière. Au bout de six mois, j’ai été confirmée comme travailleuse polyvalente permanente. J’ai ensuite travaillé pendant un an comme cueilleuse, avant d’être promue dépisteuse : j’étais chargée de repérer et de signaler les ravageurs et les maladies.
J’ai ensuite été promue cheffe d’équipe adjointe, puis responsable. En 2002, Maji Mazuri Flowers a été créée et j’y ai été transférée comme responsable pour contribuer à la mise en place de l’exploitation. Au début, j’étais responsable de six serres ; avec l’expansion de l’exploitation, ce nombre est passé à huit, puis à quatorze.
De 2017 à 2021, j’ai été responsable de 28 serres. En 2021, j’ai été transférée au service marketing, où je travaille toujours aujourd’hui.
2026 est l’Année internationale de la femme agricultrice. Que signifie aujourd’hui être une femme dans l’agriculture ?
Être une femme dans l’industrie horticole en 2026 signifie beaucoup. C’est formidable de voir que les femmes bénéficient désormais d'un soutien, de connaissances et des opportunités pour s’épanouir.
Chez Maji Mazuri Flowers, nous connaissons nos droits en tant que femmes. Il y a une plus grande prise de conscience de l’égalité et de l’équité des genres, et nous avons acquis des connaissances en matière de finance et de gestion financière. Nous savons établir un budget et lancer des activités complémentaires pour ne pas dépendre uniquement de notre salaire.
Nous pouvons postuler à des postes de direction dès que l’occasion se présente. C’est très différent d’avant, lorsque la culture et les normes sociales empêchaient les femmes d’accéder à des postes à responsabilité. Et même lorsque des femmes tentaient d’y accéder, elles subissaient beaucoup de discrimination.
Les femmes sont aujourd’hui mieux placées pour accéder à l’emploi et occuper des postes d’encadrement et d’autres fonctions de direction chez Maji Mazuri Flowers.
Comment les productrices se soutiennent-elles mutuellement ?
Nous nous soutenons en sensibilisant les autres. Nous encourageons les femmes à s’impliquer dans la gouvernance et à assumer des rôles de direction. Nous partageons aussi nos connaissances dans la finance, la gestion financière, le budget et les moyens de créer des sources de revenus supplémentaires.
Certaines d’entre nous ont créé ou rejoint des groupes d’épargne (chamas), qui ont permis aux femmes de gagner en sécurité financière. Par l’intermédiaire de notre service des ressources humaines, nous organisons également des actions telles que des dépistages du cancer.
Les femmes sont aussi encouragées à défendre leurs intérêts. Elles peuvent postuler à des postes et saisir des opportunités auxquelles elles n’avaient pas envisagé auparavant.
Dans notre exploitation, par exemple, certaines femmes vendent des mandazis (un type de beignet) aux autres employés. Nous cherchons toutes différents moyens de générer un revenu supplémentaire pour nous-mêmes et nos familles.
Quelles améliorations aideraient les femmes de la filière fleurs à s’épanouir davantage ?
Je pense qu’il faut encore davantage de formations en gestion financière pour les femmes, notamment sur le budget et l’épargne. Il faut aussi davantage de formations sur la résilience, car les femmes font encore face à de nombreuses difficultés. Il devrait également y avoir plus de soutien au bien-être des femmes, notamment en matière d’hygiène, de santé reproductive et de création d’un environnement de travail sain. L’accompagnement psychologique et d’autres formes de soutien sont tout aussi importants.
Pour moi, l’autonomisation est essentielle. Lorsqu’une femme est autonome, la famille l’est aussi. Quand la famille est autonome, la communauté l’est aussi, et au bout du compte la nation et le monde entier le sont.
Cela rejoint la notion de « triple rôle » des femmes et de leur contribution à leur famille, à leur communauté et à la société. Plus les femmes reçoivent de connaissances et de soutien, plus elles peuvent contribuer dans ces trois domaines.
Qu’appréciez-vous le plus dans le fait de faire partie du mouvement Fairtrade ?
Ce que j’apprécie le plus dans le mouvement Fairtrade, c’est d’avoir personnellement bénéficié des projets. Grâce au projet Blooming Flowers, j’ai pu acquérir des connaissances et des compétences, et je suis fière d’être diplômée de l’Ecole de leadership des femmes.
Faire partie du système Fairtrade a du sens, car il a apporté des changements significatifs pour les femmes de notre exploitation. Pendant de nombreuses années, notre exploitation n’employait pas de femmes.
Aujourd’hui, de nombreuses femmes y sont employées, et beaucoup occupent des postes à responsabilité. Les femmes connaissent leurs droits et ont davantage confiance en elles pour se faire entendre.
Grâce à la prime de développement Fairtrade, les employés bénéficient d’autres avantages. Nous pouvons accéder à des prêts à taux avantageux, et les employés sont soutenus pour suivre de courtes formations afin d’améliorer leurs compétences. Par exemple, les femmes peuvent se former à la couture ou à la coiffure, tandis que les femmes comme les hommes peuvent passer leur permis de conduire. Les employés peuvent aussi recevoir une aide pour les frais de scolarité de leurs enfants, du lycée jusqu’à l’université.
Ces avantages s’étendent également à la communauté. Grâce au mouvement Fairtrade, nous avons pu construire des salles de classe et des structures d’accueil pour orphelins. Nous plantons également des arbres au sein de la communauté, chez nous et sur l’exploitation.
Chez Maji Mazuri Flowers, nous continuons chaque année de bénéficier des initiatives financées par la prime de développement Fairtrade. Elles comprennent notamment des engrais, des semences certifiées et des plants que nous pouvons utiliser chez nous.
La force du système Fairtrade est remarquable, car elle ne concerne pas seulement chaque employé : elle crée aussi des opportunités pour les femmes, soutient les familles et profite à l’ensemble de la communauté.