Gifty Ataa – Jeune productrice de cacao, militante pour le climat
Comment la formation et l’agroforesterie dynamique renforcent le rôle des femmes dans les coopératives Fairtrade ?
Gifty est productrice de cacao au Ghana et membre de la coopérative Kukuom. Elle a été élève de l’École de Leadership des femmes de Fairtrade Africa dans le cadre du projet « Coopérative démocratique et inclusive durable en Afrique de l’Ouest », soutenu par l’agence norvégienne de coopération pour le développement (NORAD). Ce projet vise à renforcer la participation des femmes et des jeunes dans les organisations de producteurs dans cinq pays, dont le Ghana.
Son témoignage met en avant comment l’accès à la formation, à la terre et aux pratiques d’agroforesterie peut renforcer l’autonomisation économique des femmes tout en accélérant la transition agroécologique des communautés rurales.
Accès à la terre et autonomisation des femmes dans la filière cacao

À l’issue de sa formation à l’Ecole de Leadership des femmes, Gifty a négocié avec son mari l’accès à une parcelle de cacao. Elle est aujourd’hui propriétaire de plusieurs parcelles de cacao et a diversifié ses sources de revenus en développant des activités complémentaires, notamment la culture du riz et le commerce de bananes plantains sur les marchés de Goaso.
« Sur les terres de mon mari, nous pratiquions l’agriculture conventionnelle et utilisions certains intrants chimiques. Mais en tant que jeune travailleuse du projet GAIM [1], j’ai vu ce que faisait le projet, et quand je l’ai comparé aux pratiques agricoles de mon mari, j’ai pu constater une grande différence. Les parcelles DAF semblaient bien gérées et productives. Les cultures vivrières étaient bonnes, elles aussi. Elles étaient biologiques. Elles ont un goût différent quand on les mange. J’ai réalisé qu’il serait bénéfique pour nous de participer au projet.
Il m’a tout de même fallu un certain temps pour me décider à créer une parcelle DAF. Principalement parce que je n’avais pas de terre. Ce n’est pas facile pour une femme d’acquérir sa propre terre. Mais j’aimais l’idée de combiner cultures et arbres. Je me suis dit que je devais montrer l’exemple et expliquer aux gens pourquoi il est important de planter des arbres. J’ai donc négocié avec mon mari. Il a accepté et a commencé à me céder une partie de son terrain. C’est ainsi que j’ai lancé le DAF l’année dernière. J’ai cultivé un demi-acre, et la récolte a été très bonne. Cette année, mon mari s’est donc inscrit lui aussi. Il cultive actuellement une parcelle plus grande que la mienne, et je l’aide aussi sur celle-là. »
De la sensibilisation climatique à l’engagement terrain
Son engagement s’est renforcé au fil du temps : elle est désormais agent terrain pour l’entreprise Tony’s Chocolonely et jeune ambassadrice Fairtrade.
Son parcours est aussi marqué par une forte implication dans la sensibilisation environnementale et l’éducation des jeunes.
« En 2020, j’ai commencé à travailler sur le projet Dignity for All [2]. J’ai travaillé aux côtés d’une collaboratrice, Salma, qui m’a beaucoup appris. C’est là que je suis devenue militante pour le climat. Ensemble, nous avons visité des écoles pour parler du changement climatique, de l’agroforesterie et de l’importance de planter des arbres. Nous avons formé des groupes d’élèves et leur avons donné des arbres à bois d’œuvre et d’ombrage à planter autour de leurs écoles. Nous les appelons les Ambassadeurs pour le climat. […] J’ai continué à me former à la Young Cooperatives Management Academy. Et en 2023, j’ai rejoint la Women’s School of Leadership. J’en suis toujours membre active. Puis, l’année dernière, je suis devenue jeune travailleuse dans le cadre du projet GAIM et j’ai mis en place ma propre parcelle d’agroforesterie dynamique (DAF). »
Agroforesterie dynamique : un levier de transition agricole durable
Dans le cadre du projet GAIM, Gifty a converti une partie de sa plantation de cacao (0,3 hectare) en système d’agroforesterie dynamique en plantant entre autre 245 bananes plantain, 245 cacaoyers, 35 arbres fruitiers différents (manguier, avocatiers, papayer, oranger), 59 arbres et 21 cocotiers. Elle a formé les jeunes de sa communauté aux techniques d’agroforesteries dynamique et a accompagné la conversion de 25 parcelles supplémentaires. Enfin, elle s’est impliquée dans la distribution et formation à l’utilisation de fours améliorés auprès de 80 femmes au sein de la coopérative Kukuom.
« Je crois fermement que si l’on veut faciliter l’accès des femmes et des jeunes à l’agriculture durable et à l’agroforesterie, il faut les sensibiliser. La sensibilisation aide à initier les jeunes au cacao Fairtrade et à l’agriculture DAF. Cela les incite à préserver la nature et à abandonner les pratiques destructrices. En tant que “brigade” de jeunes, nous sensibilisons les communautés qui nous entourent. Nous nous asseyons avec les jeunes ; nous les invitons à calculer leurs dépenses et à voir si l'agriculture pourrait leur convenir. Nous les encourageons à mettre de l'argent de côté. Nous leur montrons ce que nous faisons et les invitons à nous rejoindre. Certains commencent même à nous aider. Cela crée une responsabilité supplémentaire. »
RESSOURCES
- [1] Le projet GAIM (Ghana Agroforestry for Impact), porté par Max Havelaar France et Fairtrade Africa avec le soutien de l’Agence française de développement, vise l’amélioration des moyens de subsistance des producteurs de cacao certifiés Fairtrade au Ghana et la préservation des ressources naturelles locales grâce à l’agroforesterie.
- [2] Le programme « Dignité pour tous » (D4A), lancé en 2018 pour quatre ans, a mobilisé des écoles, des responsables locaux et des acteurs du secteur cacaoyer et bananier, pour sensibiliser au commerce équitable.