Nos réponses à la colère agricole : de vrais prix rémunérateurs pour les agriculteurs !
Des prix planchers protecteurs pour ceux qui nous nourrissent. Appel à en débattre au Salon de l’Agriculture
Télécharger le communiqué de presseParis le 12 janvier 2026 : Alors que le Conseil de l’UE vient d’accepter l’accord de libre-échange UE-Mercosur, et en réponse à la lettre adressée par le Premier ministre Sébastien Lecornu aux agriculteurs, qui appelle à reconnaître la détresse du monde agricole et à restaurer la souveraineté alimentaire française, l’ONG Max Havelaar France souhaite rappeler qu’une réponse structurante, concrète et immédiatement mobilisable existe : la mise en place de véritables prix planchers agricoles.
Dans un contexte marqué par les débats autour de l’accord UE–Mercosur, qui ravivent les inquiétudes sur la concurrence déloyale et la protection des standards de qualité européens, la question du revenu ne peut plus être éludée. Elle est étroitement liée aux prix des matières premières agricoles. Derrière la colère agricole et les exploitations qui continuent de disparaître à un rythme alarmant, c’est le modèle économique des exploitations fondé sur les prix réellement payés et une rémunération décente qui est la clé de voûte d’une possible solution pérenne, pas telle ou telle subvention en urgence.
Si de nombreuses mesures ont été annoncées ces derniers mois et encore dans cette lettre, la question centrale du revenu de ceux qui nous nourrissent demeure largement absente des réponses proposées. Alors même que l’instauration de prix planchers avait été explicitement promise en janvier 2024. Sans prix garantissant une rémunération digne et couvrant les coûts de production, aucune pérennité ni aucune transition — économique, sociale ou écologique — n’est possible.
Max Havelaar propose d’ouvrir son stand au coeur du prochain Salon de l’Agriculture à toutes les parties prenantes (syndicats, politiques, ONG, consommateurs, chercheurs…) pour en faire une agora citoyenne et débattre des solutions, en particulier du mécanisme de prix minimum garanti équitable.
1. Des prix planchers pragmatiques et efficaces : couvrir les coûts, sécuriser les revenus, intégrer le rôle écologique des fermes
Couvrir les coûts de production : Les prix planchers sont encore souvent mal compris. Un prix plancher n’a pourtant de sens que s’il est construit de manière pragmatique, à partir des coûts réels de production, et défini en consultation avec l’ensemble de la chaîne : agriculteurs, interprofessions, organisations, transformateurs et acheteurs. C’est l’esprit des lois EGALIM.
Se protéger des importations qui ne respectent pas nos normes est nécessaire. Mais cela ne résoudra pas, dans les négociations nationales, l’inéquitable répartition de la valeur au détriment des producteurs. La fixation d’un prix plancher qui, dans certaines filières stratégiques, couvre les coûts de production des agriculteurs les plus fragiles, sans être déconnecté des prix à l’import et à l’export, n’a jusqu’ici jamais été discutée sérieusement dans le débat public.
Sécuriser un revenu : A l’heure de fixer et négocier le prix, le revenu agricole est trop souvent la variable d’ajustement (« je ne me paye pas pour réussir à vendre et à tenir »). Lorsqu’il repose sur une méthode partagée et objectivée, lorsqu’il est discuté aussi avec l’aval – la grande distribution qui multiplie les professions de foi en faveur des producteurs - , le prix plancher devient un outil économique crédible, capable de sécuriser les revenus agricoles, de redonner du pouvoir de négociation aux producteurs et de répondre concrètement aux objectifs affichés par les pouvoirs publics : stopper la déprise dans les territoires, protéger le secteur, motiver les nouvelles générations.
Permettre d’investir, intégrer la protection écologique : L’imprévisibilité du revenu, la volatilité des prix (souvent spéculatifs) sont les ennemis de l’investissement. Un prix minimum garanti redonne la possibilité d’investir dans l’exploitation, dans les transformations environnementales nécessaires des pratiques agricoles (gestion de l’eau, remplacement des pesticides, bien-être animal, …), encore inaccessibles pour trop d’exploitations. Faire reposer la transition écologique sur les seuls agriculteurs, sans leur garantir un prix couvrant ces efforts, constitue une impasse économique et sociale. Les mécanismes de prix équitables, de prix planchers existent déjà en France ou aux États-Unis par exemple, ils fonctionnent dans certaines filières, et peuvent être élargis.
2. La juste rémunération des agriculteurs : un des (rares) consensus dans la société française, une garantie attendue par la majorité des consommateurs
La crise actuelle alimente une incompréhension croissante du côté des consommateurs : les prix alimentaires augmentent, tandis que les agriculteurs restent mal payés et disparaissent ! Les Français ne comprennent pas pourquoi, en dépit des promesses et de la PAC, leur acte d’achat ne garantit pas un revenu digne à celles et ceux qui produisent. Ils plébiscitent les initiatives comme C’est Qui le Patron, les filières et marques équitables, la vente directe et les magasins de producteurs. Le dernier Baromètre Max Havelaar de la Transition Alimentaire indique que 58% d’entre eux placent en critère majeur la juste rémunération à l’heure d’adopter une consommation responsable.
Alors que 86,7 %% de la population active est salariée, donc dotée d’un revenu stable et prévisible, la précarisation et la paupérisation des agriculteurs est vécue comme une injustice majeure et une absurdité : pourquoi fragiliser ceux-là même qui remplissent une fonction essentielle ? Des prix planchers rémunérateurs répondent à cette demande populaire claire de transparence, de justice économique et de cohérence entre le discours politique et la réalité du terrain.
3. Une agora citoyenne au prochain Salon de l’Agriculture dédiée à la juste rémunération des agriculteurs
À quelques semaines du Salon de l’Agriculture, l’ONG Max Havelaar France appelle à faire des prix planchers non pas un slogan, mais un outil central de la politique agricole, au service des producteurs, des consommateurs et de l’intérêt général.
C’est pourquoi l’ONG ouvrira son stand au coeur du Salon, dans l’espace dévolu aux syndicats et organismes experts, à toutes les parties prenantes (syndicats, politiques, ONG, consommateurs, chercheurs…) qui le souhaitent, pour en faire une agora citoyenne et débattre des solutions, en particulier du mécanisme de prix minimum équitable garanti.