12 ans après Rana Plaza : Fairtrade envoie un nouveau signal pour des salaires plus équitables
24 avril 2013. Une usine s’effondre. Plus de 1’100 personnes meurent – la plupart des femmes, contraintes de travailler malgré des fissures visibles dans le bâtiment.
Rana Plaza n’était pas un accident. C’était le résultat d’un système qui place la pression sur les profits au-dessus des vies humaines. Et même si ces images ont fait le tour du monde – même si des lois ont été adoptées et des accords signés –, une grande partie des personnes qui fabriquent nos vêtements aujourd’hui travaillent encore pour des salaires insuffisants pour vivre.
Nous nous en souvenons chaque année. Non par devoir, mais parce qu’oublier n’est pas une option. Cette année, cependant, nous avons quelque chose de concret à partager.
Qui paie réellement les salaires ?
Pendant longtemps, la question était inconfortable. La réponse semblait simple : les usines. Point final. Les marques négociaient des prix laissant peu de marge pour des salaires équitables – sans en assumer le risque. Ce modèle a contribué à des tragédies comme Rana Plaza.
En mars 2026, Fairtrade International a entièrement révisé son Textile Factory Standard. À partir du 1er septembre 2026, une chose change fondamentalement : la responsabilité des salaires équitables ne repose plus uniquement sur les usines.
Deux leviers concrets
Premièrement : un salaire de base dès le premier jour de certification.
Les usines doivent verser à leurs employé·e·s, dès le départ, un salaire atteignant soit 55 % du niveau de référence du salaire vital régional, soit 10 % au-dessus du salaire minimum légal – selon le montant le plus élevé. Pas de promesse pour plus tard. Pas de « quand les ventes augmenteront ». Mais maintenant.
Deuxièmement : les marques contribuent – à chaque commande.
Un « Living Wage Differential » est introduit : pour chaque commande Fairtrade, les marques versent une contribution qui est redistribuée directement et proportionnellement à l’ensemble des employé·e·s. Plus une entreprise commande auprès d’usines certifiées Fairtrade, plus le complément salarial augmente pour les travailleurs et travailleuses.
C’est une évolution structurelle : la responsabilité ne repose plus uniquement sur l’usine – la marque y participe aussi.
Pas seulement le salaire, mais aussi la voix
À quoi sert un salaire équitable si les employé·e·s n’ont aucun moyen de signaler des problèmes ?
Le standard révisé renforce donc également le Compliance Committee – un organe désormais davantage porté par les travailleur·euse·s eux-mêmes. Les employé·e·s sont activement impliqué·e·s dans les audits internes et les évaluations des risques. Les mécanismes de plainte deviennent accessibles. Et les usines doivent s’engager en faveur de la liberté syndicale vis-à-vis des syndicats reconnus.
La participation n’est pas un bonus. Elle fait partie du standard.
Et le coton ?
Le travail équitable ne commence pas dans l’atelier de couture. Il commence dans les champs. En mars 2026, Fairtrade International a également publié une étude sur l’impact environnemental du coton Fairtrade en Inde. Les résultats sont clairs : les exploitations bio Fairtrade émettent environ 0,76 kg de CO₂e par kilogramme de coton – contre 1,1 kg pour les exploitations conventionnelles. Aucune déforestation n’a été constatée entre 2001 et 2023 sur les 516 exploitations analysées. Le commerce équitable agit – du champ à l’usine.
Fairtrade-Baumwolle
Ce qu’il reste
Rana Plaza a secoué le monde. Les évolutions depuis – lois sur les chaînes d’approvisionnement, accords sectoriels, standards révisés – sont importantes. Mais aucun standard ne remplace la pression que nous devons maintenir, en tant qu’entreprises, consommatrices et consommateurs, et en tant que société.
Le nouveau Textile Factory Standard de Fairtrade est une étape concrète. Une étape qui agit là où travaillent la majorité des ouvrières et ouvriers du textile : dans les ateliers de confection. Et une étape qui affirme clairement que la responsabilité des salaires équitables ne peut plus reposer uniquement sur les plus vulnérables du système.
Ce n’est pas la fin du chemin. Mais c’est un véritable pas en avant.